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La fin du camouflage : Habiter sa neuroatypie

Dernière mise à jour : 15 juil.

On ne guérit pas de qui nous sommes, on apprend à s’habiter.


À 40 ans, il aura fallu la justesse d’un regard thérapeutique pour poser des mots sur un silence qui durait depuis trop longtemps. Neuroatypie. HPE. HPI. Ce n'est pas une étiquette que l'on nous attribue, c'est une clé de compréhension de notre monde. C'est la relecture de notre manuscrit interne, pour pointer du doigt ce que l'on pensait, jusqu'ici, être incohérent.


Le coût de la norme

Pendant quatre décennies, j’ai appris les codes de la norme à la perfection. Je les connaissais si bien que j'ai pu me camoufler et donner le change dans un système qui n'aime pas ce qui dépasse, ce qui est "Autre", la différence.


Mais ce costume était épuisant. On m'a souvent renvoyé cette image de "l'intello", comme si c'était une tare ou quelque chose de ringard qu'il fallait cacher. Pourtant, je ne me considère pas plus intelligente qu'une autre personne ; je me considère surtout comme ayant un besoin vital de sens.


La fatigue de la traduction

Je passais mon temps à me triturer le cerveau pour traduire mes pensées en temps réel, à chercher des mots plus acceptables, de peur d'être jugée trop complexe ou condescendante. Prendre la parole était devenu une épreuve, car je devais sans cesse filtrer ma précision pour ne pas déranger.


Pour ne pas déranger...

Sous le masque, il y avait ce besoin de profondeur qui rend la superficialité ennuyeuse. Cette honnêteté radicale me permet aujourd'hui de regarder mes blessures en face et de vivre une empathie entière. C’est cette même absence d’ego qui nourrit ma boussole éthique : je ne sais pas tricher avec la réalité. Et je ne peux plus tricher avec moi-même.


Le luxe de l'évidence

Le déclic est aussi venu d'un constat : dès que je suis avec d'autres neuroatypiques, le lien est instantanément beaucoup plus profond. Aux côtés de mon conjoint, j’ai découvert ce que signifie "être soi" sans artifices. Nous partageons ce luxe immense : ne plus avoir à traduire ses pensées.


Aujourd'hui, grâce à ce cheminement et à la clarté de ces mots qui ont été posés, je cesse de m'adapter. Je ne cherche plus à être conforme, je cherche simplement à être juste.


La neuroatypie : une dissidence

Désormais, mon refus de traduire mes pensées est aussi un refus de me soumettre à une société qui exige que tout soit lisse, rapide et rentable. La neuroatypie n'est pas une dysfonction, c'est une dissidence. Je revendique ma manière d'habiter le monde. Car une société qui n'accepte pas la différence est une société qui finit par s'effondrer sous son propre vide.


Armelle Royline.



Armelle Royline en phase d'écriture

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