Pour une double polarité de la vulnérabilité et un langage conscientisé.
- Armelle Royline

- 28 juil.
- 12 min de lecture
Qu'en est-il de la capacité de blesser sans intention de nuire ? De la maladresse conversationnelle ? De l'erreur de jugement ? Et qu'en est-il de ceux qui utilisent l'humour comme arme ?
Pourquoi la vulnérabilité a-t-elle été amputée de sa capacité à blesser ?
La vulnérabilité est empruntée du latin vulnerabilis, "qui peut être blessé ; qui blesse"1. En mettant de côté la double polarité de la vulnérabilité (la capacité d'être blessé·e, mais aussi celle de blesser) et en occultant l'intentionnalité et la responsabilité, on vide la charge éthique du Care.
Dans le champ des éthiques du Care (de Carol Gilligan à Joan Tronto, Sandra Laugier, Pascale Molinier, Patricia Paperman...), l'objectif initial était de revaloriser des postures historiquement dépréciées (le soin, l'attention, l'écoute, le lien, le soutien, la sollicitude, le quotidien...). Pour contrer la figure de l'individu moderne kantien ou le mythe du self-made man libéral (déclaré autonome, indépendant, auto-suffisant), les éthiques du Care ont insisté sur le fait que nous sommes toustes : dépendant·es, interdépendant·es, passibles de blessures (physiques, psychiques, émotionnelles, sociales...).
Pour autant, cela serait une erreur d'assimiler la vulnérabilité à : la fragilité, la passivité, la victimité, l'impuissance et la réception. Dans la culture contemporaine, la vulnérabilité est devenue — à tort — un synonyme de sensibilité ou de fragilité. Ce glissement évacue la notion de puissance d'agir. En faisant de la vulnérabilité un état passif que l'on subit (et dont il faudrait prendre soin), on annule la responsabilité individuelle des acteurs dans la relation.
La vulnérabilité n'est pas seulement recevoir la blessure et le soin en étant en position de faiblesse. C'est une relation d'interdépendance où chacun·e garde une puissance d'agir et donc de blesser. En oubliant que la vulnérabilité est réciproque et réversible (celui qui soigne peut blesser, la parole de l'autre dans une conversation peut me blesser, et je peux blesser en retour), on transforme le Care en une posture d'angélisme (les détracteurs du Care) où la colère, l'agressivité et la violence relationnelle n'ont plus de place conceptuelle.
Pourquoi l'intentionnalité et la responsabilité semblent-elles occultées ?
À l'origine, l'éthique du Care s'est construite en opposition à la ("voix")2 notion dominante du développement moral de Kohlberg, de justice de Rawls et aux éthiques rationalistes, abstraites, conceptuelles et déontologiques (comme l'éthique Kantienne), qui fondent la morale sur la volonté pure, le devoir, les règles... Pour l'éthique du Care, il s'agit, non pas de déterminer si les actions sont bonnes ou mauvaises, mais de savoir ce qui important et juste dans le lien. Autrement dit, le résultat pragmatique du Care (je ne m'attacherais pas ici à le définir) et le maintien de la relation (à ce propos, il y aurait à dire). Ce qui compte, ce n'est pas seulement considérer si mon agir est bien ou mal dans des circonstances qui m'amènent à le penser (comme lors du test de Heinz qu'ont pu passer les jeunes enfants) mais bien à conscientiser mon action, ma parole, avant de faire (dans la posture la plus juste, à mon sens).
L'intentionnalité des actes et des paroles ainsi que la responsabilité subjective pourrait réconcilier l'attention et le souci de l'autre à la notion de justice, seulement si elle est conscientisée en amont de ces mêmes actes et paroles. Interroger l'intentionnalité obligerait à affronter l'échec, l'erreur, la faute, la culpabilité, le conflit et les violences quotidiennes dans le langage et les interactions.
Le cas de la conversation : parole, intentionnalité et blessure.
Prenons l'exemple d'une conversation où l'autre tient des propos blessants. Le problème de l'absence d'attention (care) ET d'intention (justice) éclate.
La responsabilité du locuteur : "Parler est une action"3. Ignorer l'intentionnalité revient à dédouaner celui qui blesse sous prétexte de la "maladresse" ou à rejeter la faute sur la réceptivité de la personne blessée.
L'humour comme bouclier d'impunité et arme passive-agressive.
Dans les interactions ordinaires, l'humour est brandi comme une clause de non-responsabilité rétrospective. On profère une parole qui pique ou vise à faire mal, puis elle est protégée instantanément en ajoutant "mais c'était pour rire !" ; "tu n'as pas d'humour" ; "on ne peut plus rien dire". La responsabilité de la blessure n'est pas imputée à l'intention ou l'acte du locuteur, mais à l'incapacité du récepteur à "bien prendre" la chose. La personne blessée devient coupable de sa propre vulnérabilité ("tu es trop sensible").
En ignorant la double polarité de la vulnérabilité, on feint de croire que le "rire" neutralise l'impact du langage, alors qu'il sert souvent d'armure pour blesser sans en assumer les coûts éthiques et la responsabilité de l'acte de dire.
Le Care n'est pas l'évitement du conflit. Il exige une responsabilité de la parole. Dans l'exemple de la conversation, faire attention à l'Autre, ce n'est pas seulement être attentif à ce qu'iel dit (écoute) mais faire attention à mesurer la portée de notre capacité à blesser. Si je ne questionne pas mon intentionnalité lorsque je parle, je refuse de reconnaître que ma vulnérabilité m'octroie aussi des armes que sont les mots et les paroles.
La question centrale : Quelle est mon/ton intention ?
Dans le cadre de l'humour (mais valable dans la relation et l'agir de dire) il est intéressant de questionner l'intentionnalité. Cela permettrait de réintroduire la justice et la responsabilité au coeur de l'attention à l'Autre au quotidien. L'enjeu est de pouvoir interroger l'Autre (et se questionner soi-même, rappelez-vous on peut blesser et nuire aux autres) sur ce que fait le rire dans la relation :
Est-ce un humour qui crée du lien (Care) : un rire partagé, inclusif, qui prend acte des vulnérabilités en présence, créer du jeu, du soulagement, du réconfort.
Ou un humour qui exerce du pouvoir ? (Blessure) : un rire qui s'appuie sur une asymétrie, qui teste les limites de l'Autre, qui moque une vulnérabilité ou qui fait passer un reproche non-dit sous forme de saillie mordante ?
L'assertivité comme pouvoir du Care en contre-pouvoir des violences quotidiennes normalisées.
Interroger : "Qu'est-ce que tu cherchais à faire/dire quand tu m'as dit X ou Y avec cet humour-là ?", c'est refuser de laisser l'humour servir de zone de non-droit d'attention à l'Autre et donc, d'éthique du Care.
En conclusion du propos sur l'humour, l'utilisation de la taquinerie dans le quotidien est sans doute l'exemple le plus frappant de cette occulation de la responsabilité dans le langage, dans l'acte de dire, en relation avec l'Autre. C'est une arme redoutable : il porte atteinte tout en se dédouanant d'avance de ses effets. En répondant "c'était une blague" ou "tu n'as pas d'humour", le locuteur refuse d'interroger ce qui a motivé son acte de parole. Faire preuve de Care, ce n'est pas bannir l'humour, la taquinerie ou le jeu dans la relation ; c'est avoir le courage d'interroger son intentionnalité. Cherchais-je à créer du lien ou à exercer une pression, du pouvoir sur l'Autre ? Prendre au sérieux la vulnérabilité réciproque implique de reconnaître que les mots qui font rire peuvent aussi être des mots qui coupent la relation, et que le "second degré" ne dispense jamais de la responsabilité.
Assumer la capacité de blesser implique d'accepter le conflit, la faute et la réparation. Il est plus confortable d'envisager le Care comme une recherche d'harmonie relationnelle que comme une négociation continue et épuisante au sein de relations souvent asymétriques et parfois violentes.
Pour une intentionnalité relationnelle et un langage conscientisé.
L'intentionnalité relationnelle que j'explicite — je ne sais pas si elle est rattachée à la théorie de la philosophie phénoménologique — n'entre pas dans un champ de conceptualisation abstrait. Même si l'intentionnalité est dirigée vers un objet (la conscience de quelque chose), un état d'esprit interne, mon intentionnalité relationnelle, elle, est purement pragmatique, incarnée et située. Je ne suis pas philosophe et ne cherche pas à théoriser sur la pensée. C'est une question simple, ancrée dans le réel : Concrètement, dans le cours de l'échange, qu'est-ce que ton acte de parole est en train de faire à notre relation ?
Elle n'a pas pour objet de s'intéresser aux abstractions ni de juger la "pureté morale" de l'intention dans l'absolu (façon Kant) mais bien d'analyser les effets sur la relation au moment d'un échange conversationnel. On pourrait l'envisager plutôt comme un outil d'interpellation du quotidien : Une question que l'on peut poser à haute voix au moment même où la blessure a lieu.
"Quand tu me dis ça, sur ce ton / avec cet humour-là, tu cherches à provoquer quoi entre nous ? À créer de la complicité ou à me blesser ?
Un outil qui responsabilise l'acte de parole. En pragmatique du langage, parler c'est agir. L'intentionnalité relationnelle et la conscience de ses paroles oblige le locuteur à sortir de sa position (potentiellement asymétrique) pour regarder en face l'impact produit. En d'autres termes, c'est une intentionnalité de l'impact : elle demande à chacun·e de prendre conscience que nos paroles, nos vannes, notre humour noir, nos sarcasmes, nos humours grivois etc. ne restent jamais suspendus dans le vide. Ils atteignent corps et esprit de l'Autre. Et c'est cela l'attention du Care et l'intention de la justice.
Dans la morale kantienne, l'intention est jugée à l'aune d'une règle universelle et abstraite : le devoir.
Dans ma vision du Care, l'intentionnalité n'est pas une obéissance mais une responsabilité. Elle doit être évaluée par la mesure de l'impact potentiel sur le lien. Il ne s'agit pas de se demander "mon action est-elle conforme à la loi morale ?" (qui différe par bien des manières selon sa considération) mais "quelle trace mon acte/ma parole va-t-iel laisser dans le corps et/ou l'esprit de l'Autre ?"
Si l'on reconnaît la capacité de blesser au sein de la vulnérabilité et du Care, l'erreur, la maladresse et la violence ne signent pas la fin d'une relation : elles ouvrent le champ de la réparation. Le véritable Care (l'attention à l'Autre, le souci de l'Autre...) ne consisterait pas à ne jamais blesser (utopie irréaliste), mais à savoir reconnaître l'impact de sa parole, assumer sa responsabilité et réparer/prendre soin du tissu relationnel endommagé.
La rencontre : une éthique de l'attention et une intentionnalité juste.
L'Attention, le souci de l'Autre, c'est percevoir la trame du réel et la première phase essentielle du Care.
Elle est réceptive et sensible. C'est la capacité de voir ce qui est habituellement invisible, prêter l'oreille au détail, remarquer nos co-vulnérabilités, les besoins ou le malaise ténu.
C'est un décentrement. Je sors de moi-même pour percevoir le vécu de l'Autre. C'est la rencontre, avec empathie, du monde d'autrui.
L'intention comme Justice : orienter l'action et assumer l'impact.
Elle vise à introduire la notion de responsabilité et la justesse du geste ou de la parole.
Elle est active et conscientisée. Elle intervient au moment de choisir de dire ou de faire. Elle pose la question de l'équité relationnelle. "Quelle est mon intention quand je dis ces mots-là ?" "Est-ce que je préserve l'Autre, j'exprime un désaccord assertif ou est-ce que j'utilise sa blessure à ses dépens ?"
Elle est la mesure de la responsabilité (qui est le coeur de la justice) : elle empêche de se dédouaner après coup ("je n'ai pas fait exprès" ; "c'était de l'humour" en exigeant que l'on réponde de l'impact produit.
Que deviennent les excuses ?
Dans la théorie d'AUSTIN (mais aussi de GOFFMAN), les excuses sont intrinsèquement liée à la notion de responsabilité (l'habileté, la capacité à répondre de ses actes) et de moralité. "C'est l'usage quotidien (ce que Cavell appelle la conversation) qui est ainsi le lieu d'émergence de la vulnérabilité humaine4". J'irais jusqu'à dire, c'est dans la relation (interaction pour GOFFMAN), au-delà du dialogue, du débat... qu'apparaît la vulnérabilité : la capacité à blesser l'Autre par l'erreur (ou la faute ? Je ne vais pas disgresser sur la notion d'erreur/faute et de responsabilité/culpabilité car ce n'est pas le sujet ici) du langage, par inattention de l'Autre. "L'action se définit par l'échec : l'action, c'est précisément ce dont on peut s'excuser, ce qu'on ne fait pas comme il faut.5"
Les excuses sont liées à la notion de "j'ai mal fait" et donc de moralité. Ce qui est bien/mal entre dans l'équation de l'échange. Elles ne sont pas, selon moi, au coeur de l'éthique du Care. Je ne dis pas que nous sommes parfaits et que nous pourrions avoir toujours recours aux notions d'intentionnalité relationnelle et au langage conscientisé (les émotions entrent en jeu) mais que nous pouvons, dans une juste mesure, questionner à priori ou à postériori nos paroles, nos actes. D'ailleurs, la sincérité ou l'authenticité des excuses peut aussi être questionnée.
"Je m'excuse" ; "Je n'ai pas fait exprès" ; "Ce n'était pas mon intention", ne sont pas des excuses. Ce sont des tentatives (maladroites peut-être) de restauration de l'image de soi et non une attention réelle, ni un souci du ressenti de l'Autre blessé.
"L'attention intentionnelle."
C'est ici que les notions de Care et de Justice se lient :
Une attention sans intention (Care sans Justice) : Le risque est de tomber dans le paternalisme si on perçoit l'Autre uniquement à travers le prisme de sa vulnérabilité, de sa fragilité ou de sa souffrance, ce qui peut le priver de son agentivité. Un Care sans justice peut imposer une protection non sollicitée ou infantiliser la personne. Le "Je fais attention à toi" devient une prise de pouvoir subtile ou le sujet est réduit à un objet de compassion et non de sollicitude et d'empathie. La personne est dépossédée de sa capacité de décision. C'est le Care mal compris des détracteurs actuels.
Une intention sans attention (Justice sans Care) : On applique des règles, des principes abstraits ou une morale rigide sans apprécier le contexte, le corps, la fatigue ou la singularité de la personne. C'est le triomphe de la règle formelle qui fait abstraction du quotidien, des situations, des histoires. Sous couvert d'impartialité et de fausse neutralité, elle produit de la violence. Ignorer les inégalités réelles de situation, les asymétries de relation au nom d'un principe moral abstrait revient souvent à reproduire ou aggraver l'injustice.
Pour conclure, lier l'Attention (percevoir l'Autre) et l'intention (se questionner pragmatiquement avant et pendant qu'on agit sur l'Autre) permet de rendre compte de la dimension éthique du véritable Care (à mon sens) au sein de nos relations ordinaires.
Note d'étape et posture d'écriture
Je ne suis ni théoricienne du Care, ni spécialiste des éthiques de la vulnérabilité, ni philosophe et je ne prétends détenir aucune vérité définitive. Ce texte n'est qu'une tentative de réflexion, une élaboration de pensée.
L'éthique du Care est un champ philosophique d'une immense complexité, riche de nuances, de débats et de contradictions fondamentales qu'il ne s'agit pas ici de simplifier ou de caricaturer. Mon intention n'est pas de plaquer une théorie abstraite sur le réel, mais plutôt de tenter une mise à l'épreuve très pragmatique : observer comment cette éthique s'incarne — ou s'échoue — dans le tissu très ordinaire de nos journées.
Comment le soin, l'attention et la responsabilité se jouent-ils concrètement dans l'usage quotidien de la parole, dans l'ombre du second degré, et dans cet humour qu'on lance parfois sans vouloir en mesurer l'impact ? C'est à cette échelle-là, celle des micro-interactions de la vie de tous les jours, que je cherche à déplier ma propre compréhension.
Ma pensée s'est élaborée au fil de situations concrètes du quotidien :
Des discussions avec une personne, confrontée aux dépassement répétitif de ses limites sous couvert d'humour ;
Des scènes observées et entendues de soignants utilisant "l'humour noir" aux dépens de patients ou de collègues absents, créant une forme de malaise ordinaire ;
Des échanges autour du jeu de rôle, interrogeant ce que signifie incarner des personnages problématiques et les limites de la fiction dans l'espace relationnel.
Mon intention n'est pas de faire une "leçon de morale", mais d'observer comment l'attention, la parole, la responsabilité, l'intention et la capacité de blesser se jouent concrètement dans le quotidien.
https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9V1296, consulté le 25/07/2026.
GILLIGAN, C. (2008). Une voix différente. Éditions Flammarion, coll. "Champs essais" pour la traduction française.
AUSTIN, J.L. (2025). Quand dire c'est faire. Éditions Points, coll. "Essais" pour la traduction française. (1955).
LAUGIER, S. (2011). Le care, le souci du détail et la vulnérabilité du réel. Raison publique, Humanités politiques, 707. https://raison-publique.fr/707/ Consulté le 27/07/2026, p.7.
Ibid. p.7.
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BRUGÈRE, F. (2011). L'éthique du Care. Éditions Presses Universitaires de France, coll. "Que sais-je ?".
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GOFFMAN, I. (1973). La Mise en scène de la vie quotidienne. Tome 2, Les Relations en public. Éditions de Minuit, coll. "Le Sens Commun".
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GREENO, C. & MACCOBY, E. (1986). "How Different is the "Different Voice ?". Signs, 11, p.310-316.
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LEVINAS, E. (2012). Une philosophie de l'altérité. Éditions L'Harmattan, coll. "Ouverture philosophique".
MOLINIER, P. ; LAUGIER, S. & PAPERMAN, P. (2009). Qu'est-ce que le care ? Souci des autres, sensibilité, responsabilité. Éditions Payot & Rivages.
PAPERMAN, P. & RUWEN, O. eds. (1995). La couleur des pensées. Sentiments, émotions, intentions. Éditions de l'École des hautes études en sciences sociales, coll "Raisons pratiques", 6.
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RAWLS, J. (1987). Théorie de la justice. Éditions Seuil.
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VALLAUD BELKACEM, N. & LAUGIER, S. (2020). La société des vulnérables. Leçons féministes d'une crise. Éditions Gallimard, coll "Tracts Gallimard"
WITTGENSTEIN, L. (1993). Tractatus logico-philosophicus. Éditions Gallimard.
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